Le Souss, camaïeu de nature et de culture

PAR Mélanie Wilms

Pour ce road trip printanier, ce sont les routes du Souss-Massa que nous vous invitons à sillonner. De Taghazout à Taroudant, en passant par Inzerki, le Pays d’Aït Baha, et Tafraout, les paysages baignés de lumière se succèdent, entre vivacité océanique, majesté rocailleuse et slow life urbain. 

Au fil de l’arganeraie du Souss-Massa 

Taghazout, prélude iodée 

Après un peu plus de cinq heures de route depuis Casablanca, le Fairmont Taghazout Bay apparaît comme une escale tournée vers l’océan, où l’on commence doucement à ralentir. À mesure que l’on franchit les espaces du resort, le voyage s’efface peu à peu, absorbé par la lumière, les lignes épurées et la quiétude des lieux. Puis, à l’arrivée dans la chambre, le regard se projette naturellement vers l’horizon, comme happé, et tout semble alors s’accorder aux rythmes des vagues.

Inscrit dans la nouvelle génération des hôtels « destination », le lieu ne se contente pas d’être une escale pour la nuit, il invite résolument à s’imprégner de son atmosphère douce, presque enveloppante. Des chambres aux espaces de vie, en passant par les jardins, les volumes s’ouvrent largement sur l’extérieur, maintenant un lien constant avec l’environnement. Et justement, il suffit de quelques pas pour rejoindre l’océan ; une plage privée s’étirant directement aux pieds du resort. Propices aux activités nautiques, le surf en tête, elle l’est aussi à la baignade ou à une simple halte méditative. Quand on parle des activités du Fairmont, on ne pourrait oublier de citer le Tazegzout Golf qui déroule un parcours 18 trous signé Kyle Phillips, à 80 mètres au-dessus de l’Atlantique, ainsi qu’une extension de 9 trous. Parfaitement intégrés dans le paysage naturel, ses 76 hectares offrent un décor appréciable mêlant falaises, arganiers et vues spectaculaires sur l’océan. Enfin, l’adresse explore une palette culinaire variée, entre inspirations méditerranéennes, italiennes, espagnoles et japonaises, toutes aussi délectables.

Un patrimoine naturel en partage

Si son littoral contribue largement à la renommée de la région à travers le monde, l’intérieur des terres, par ses paysages et ses ressources, révèle une richesse et un rôle essentiel, encore trop souvent méconnus. Ce territoire abrite en effet une large part de la Réserve Biosphère de l’Arganeraie (RBA), qui s’étend jusqu’à Essaouira, sur environ 2,5 millions d’hectares. Plantée d’Argania spinosa, arbre endémique du Maroc, la RBA est reconnue comme un écosystème unique au monde. Elle a été déclarée en 1998, première Réserve de Biosphère du Maroc par l’UNESCO. 

Notre passage à Taghazout est l’occasion parfaite de découvrir un lieu unique : Targant. Créé par la SAPST (Société d’Aménagement et de Promotion de la Station de Taghazout) et géré en partenariat avec la Fondation du Sud, ce centre d’activité, composé d’un musée, d’une unité de production, d’une boutique et d’un restaurant, a été inauguré pour valoriser l’ensemble de la filière argan et le patrimoine culturel qui lui est associé. Porté par une scénographie immersive et des dispositifs interactifs, son espace muséal permet d’appréhender toutes les particularités de cet arbre omniprésent à travers les territoires que nous aurons le plaisir de traverser au cours de ce road trip. Animé par des artisanes expérimentées, un atelier permet en outre d’observer chaque étape de la transformation de l’argan. Ce que nous retenons aussi de cette visite, c’est qu’au-delà de son approche pédagogique, Targant se distingue par un engagement fort. Il se positionne en effet comme un vecteur d’intégration sociale et de solidarité. Il a notamment contribué à la construction de deux salles de sport dans la région, et au lancement de l’édification et de l’équipement d’une école de surf à Taghazout, destinées aux enfants du village.

Des havres de fraîcheur

Nous reprenons la route en direction de la vallée du Paradis, le regard d’autant plus attentif aux reliefs et aux arganiers qui jalonnent le paysage. Et lorsque l’un d’entre eux paraît éteint, nous savons désormais qu’il n’en est rien. Comme nous l’a expliqué si bien Salim Mestour, directeur général de Targant :  « L’arganier ne meurt jamais vraiment, et tel un phénix, il se régénère dès que les conditions sont favorables ». En chemin, nous marquons une halte face à l’oasis de Tamzergourte, un site apprécié des randonneurs et connu pour la richesse de ses fossiles. Arrivées à la vallée du Paradis, nous entamons une marche d’une trentaine de minutes pour atteindre les premières piscines naturelles. Spot naturel très fréquenté aux beaux jours, il est d’autant plus agréable de profiter de la fraîcheur des bassins après environ une heure de marche à travers le canyon creusé par la rivière Tamraght. Mais pour nous, il est déjà temps de reprendre la route en direction des cascades d’Imouzzer des Ida-Outanane. 

Une fois arrivé au village d’Imouzzer, une quinzaine de minutes à travers une piste est encore nécessaire pour rejoindre le parking de la cascade. Le site connaissant une forte affluence le week-end, notamment pour les pique-niques et les petites adresses de grillades ; mieux vaut donc opter pour une visite en semaine. On apprécie alors pleinement ce site empreint de quiétude dont les sentiers sinueux permettent d’observer, sous différents points de vue, les impressionnants reliefs sculptés par la nature, dont celui qu’on appelle ici le « rasta ».  Une émotion particulière se dégage à la découverte du site, en sachant que les précipitations de cette année lui ont rendu toute sa splendeur. Avant d’atteindre notre dernière escale de la journée, nous profitons d’une pause sur la terrasse ensoleillée du Café-restaurant Tazerzite, chez Moubarak, pour déguster un tajine de chèvre, typique de la région. L’accueil y est simple et chaleureux, et la vue particulièrement appréciable.

Un rucher hors du commun

La R113 puis la N11 en direction d’Inzerki nous conduisent vers une autre richesse naturelle et culturelle emblématique du Souss-Massa : le plus grand rucher traditionnel en activité du monde, et peut-être même l’un des plus anciens.Le rucher, dans sa forme actuelle date du milieu du XIXe siècle, mais son origine remonterait au XVIe siècle. Bon à savoir, le chemin menant à cet impressionnant ouvrage collectif en terre traverse d’abord un premier village. 

Il faut continuer 10 minutes de plus pour l’apercevoir niché au cœur d’une végétation, à nouveau foisonnante. De loin, nous étions déjà surprises par son étendue, mais lors de notre rencontre avec Brahim Ech Chetoui, l’un des gardiens passionnés des lieux, nous avons été impressionnées d’apprendre qu’il rassemble 1 200 cases appartenant à 42 familles. Apiculteur de père en fils, Brahim prend le temps de nous décrire le processus de fabrication du miel dans les ruches cylindriques traditionnelles, composées d’un assemblage de roseau, de terre et de bouse de vache, fermées au moment propice par un bouchon en bois de palmier. Il nous explique également le fonctionnement du rucher, qui permet de rassembler les ruches des apiculteurs des environs au moment des floraisons de caroubiers, multi-fleurs et arganiers. Enfin, avec retenue, il nous livre le récit, pourtant émouvant, des pertes enregistrées ces dernières années dues à la sécheresse, ainsi que la reconversion ou le départ massif des apiculteurs traditionnels. Un témoignage sensible mis en lumière par la plume de l’écrivaine Zineb Mekouar, dans son ouvrage Souviens-toi des abeilles. Classé au patrimoine national en 2021, le rucher nécessite aujourd’hui d’importants travaux liés au tremblement de terre de 2023, et d’un orage violent en 2024. Nous aurions voulu continuer à écouter Brahim, tout en déambulant sur la colline fleurie, mais la journée touchant à sa fin, nous prenons la direction de l’Atlas Kasbah Ecolodge pour y passer la nuit. 

Atlas Kasbah Ecolodge

Perché sur une colline en plein cœur d’une forêt d’arganiers, l’Atlas Kasbah Ecolodge séduit d’emblée par ses allures d’imposant refuge aux tours crénelées. Le portail dépassé, le charme se poursuit avec son jardin aménagé de recoins tranquilles comme autant d’invitations à s’attarder ça et là. À notre arrivée, nous sommes invitées à nous installer sur son agréable terrasse, où nous savourons un thé subtilement parfumé au romarin. Un moment suspendu, idéal à infuser les découvertes de la journée et s’immerger totalement dans la quiétude environnante. Une sérénité qui se diffuse dans tout l’établissement, lequel accueille régulièrement des retraites de yoga.

Cette harmonie se retrouve dans la
conception du lieu, pensé dans le respect de l’environnement et construit dans les règles de l’art, en valorisant les savoir-faire et le patrimoine local (tadelakt, pisé, bois ou encore objets usuels anciens). Une approche qui traduit une philosophie à la fois durable et profondément humaine. Le séjour y est d’ailleurs ponctué de petites attentions, entre un personnel particulièrement avenant et des gestes attentionnés, le panier de phrases inspirantes à l’accueil, l’étagère de jeux de société ou le cérémonial du thé, organisé chaque soir à 21 h dans le salon, véritable espace de convivialité de l’établissement. Un esprit chaleureux que l’on ressent bien entendu au moment de passer à table, à travers la confection de petits plats délicieux et un service attentif. Enfin, les chambres nous apparaissent comme des cocons régénérants, propices à repartir en forme à la poursuite de nos pérégrinations. 

Sur la route des greniers collectifs

Le lendemain, place à une autre découverte emblématique du Souss-Massa : les greniers collectifs, véritables banques d’autrefois où étaient conservés denrées (blé, foin, beurre, argan), actes notariés et objets de valeur (bijoux, métaux précieux). Pour ce faire, nous prenons la direction de la ville de Aït Baha pendant un peu plus d’une heure. La région abrite de nombreux ouvrages de ce type, dont le fameux Agadir Inoumar, connu pour être l’un des plus grands greniers collectifs du Maroc. Nous choisissons de faire escale à l’Agadir Imechguiguiln, un grenier de plus de 700 ans, considéré pourtant comme l’un des plus vieux greniers igoudar (Pluriel du mot  Agadir) de la région. Malheureusement fermé au public, nous ne faisons que quelques kilomètres supplémentaires pour rejoindre le grenier Ikounka. Et quel plaisir d’y rencontrer Abdellah Lahchab, gardien des lieux et passeur engagé, qui nous permet de mesurer toute la richesse de cette architecture traditionnelle, porteuse d’une histoire ancestrale. Ce qui marque immédiatement, c’est ce long couloir bordé de part et d’autre par près de 150 cases de stockage. Bâti entièrement en pierres sèches il y a un peu moins de 800 ans d’après notre guide, le site préserve une fraîcheur nécessaire à la conservation. Les rangées de cases superposées s’élèvent en hauteur, les plus élevées étant accessibles grâce à des pierres plates incrustées dans les murs, venant de Tafraout. Mais ce n’est pas tout, on découvre aussi un lieu de vie, où la communauté se retrouvait une fois par mois autour d’un couscous ou d’un thé. Ce que déplore Abdellah, c’est qu’aujourd’hui, le site accueille quelques visiteurs curieux, encore trop rares au regard de sa richesse.

Tafraout, cité minérale de l’Anti-Atlas

Pour rejoindre notre seconde étape de la journée, nous choisissons d’emprunter la route la plus longue, environ 2 h 30 de lacets montagneux. Un détour largement récompensé par des panoramas spectaculaires, dont une vue sur l’Oasis de Targua N’touchka. À l’approche de Tafraout, nichée dans une vallée de l’Anti-Atlas à environ 1 200 mètres d’altitude, le paysage minéral s’impose une nouvelle fois avec force. Un enchevêtrement de blocs de granit rose monumentaux, comme posés en équilibre, dessine des compositions presque irréelles. La découverte des reliefs emblématiques de la région se poursuit en direction du village d’Aday, incrusté dans la montagne, avant de s’ouvrir sur l’exploration de la vallée d’Almen. Parmi les amoncellements granitiques, on discerne le « Chapeau de Napoléon », un rocher dont la silhouette évoque le bicorne de l’empereur français, posé sur une forme plus massive. 

Mais ce n’est pas tout, la vallée d’Almen fait également parler d’elle depuis plusieurs décennies, car elle abrite une installation artistique surprenante. En 1984, l’artiste belge Jean Vérame, inscrit dans le mouvement du Land Art, qui consiste à utiliser le paysage comme matière première de création, a investi les lieux. Son ambition en peignant les blocs de granit avec des pigments vifs (bleu, rose, ocre):
créer un dialogue entre art et territoire. Plus précisément, son geste visait à révéler la puissance minérale du site, jouer avec la lumière et les contrastes, mais aussi inviter à porter un regard nouveau sur un environnement pourtant immuable. Aujourd’hui, les célèbres « Rochers peints » d’Aguerd Oudad continuent de questionner les visiteurs d’ici et d’ailleurs. Lors de notre passage, une restauration était en cours afin de redonner à l’installation toute sa puissance chromatique. 

Une autre singularité géologique de Tafraout a longuement retenu notre attention, mais suivant l’heure ou les conditions météo, il n’est pas toujours aisé de la déceler. Il s’agit de la
« Tête de Lion ». Un point de vue, situé à la sortie de la ville, permet de plonger le regard dans l’immensité des roches et d’y percevoir les traits du félin.

Mais Tafraout ne se limite pas à son univers minéral. Au cœur de la ville, nous partons découvrir le souk des babouches qui fait aussi sa renommée. Nous y rencontrons Ahmed Ait Moussa et son équipe d’artisans. Entre sa boutique et l’atelier, il nous explique que la particularité des babouches berbères Idoukan réside dans leurs bouts arrondis, mais aussi dans leur robustesse. Pour qu’une babouche soit de qualité, elle doit être à la fois cousue et collée. Il raconte également qu’à l’origine, les hommes portaient exclusivement des babouches jaunes ou naturelles et les femmes des rouges. Fun fact: plus tard, des décorations riches et distinctives ont été ajoutées pour sophistiquer les modèles, mais aussi pour indiquer le statut matrimonial des femmes. Une pratique perdue aujourd’hui, même si les babouches demeurent des incontournables du vestiaire de la région. Autre différence, de nos jours, elles ne sont plus brodées à la main, mais confectionnées majoritairement à partir de textiles brodés à la machine dans la continuité des motifs d’antan.

Il aurait été tentant de poursuivre l’exploration de la région jusqu’aux luxuriantes gorges d’Aït Mansour. Le temps n’étant pas extensible, nous reprenons la route pendant 1 h via la R104 et 105 en direction de la Kasbah de Tizourgane pour clore cette seconde journée sur les hauteurs du Pays d’Ida Ougnidif.

La Kasbah Tizourgane

À l’approche du site de la kasbah, nos regards scrutent l’horizon avec curiosité, cherchant à en deviner les contours, jusqu’à ce qu’elle apparaisse soudain, perchée sur son éperon rocheux, tel un site défensif encore imprenable. Une piste étroite et pentue mène au parking, où nos bagages prennent la voie des airs, tandis que nous gravissons un long escalier. Nous sommes alors littéralement plongées dans une autre époque. Rien ici n’est surfait, et l’on a la chance de dormir et de se restaurer dans des bâtisses toujours ancrées dans leur héritage. Nous gardons d’ailleurs en mémoire ce petit goût d’authenticité jusque dans les plats simples et savoureux que nous y avons dégustés.

Au petit matin, Malika, meknassi d’origine, devenue co-gérante de la maison d’hôte et passeuse de mémoire passionnée, nous emmène à la découverte des ruelles de la kasbah. Une visite instructive qui permet de s’imprégner de son univers singulier. Portes centenaires des greniers, motifs berbères gravés sur les portes des maisons, chemin de ronde, espace de rassemblement des femmes, mais aussi aires de battage de l’orge et fours à sauterelles : Malika fait plus que décrire des lieux, elle transmet un pan d’histoire et de culture. On retient entre autres que le site est un village fortifié en granit du XIIIe siècle, qui servait d’agadir (grenier fortifié) et de lieu de refuge lors des conflits. Une vingtaine de familles s’y réunissait. À l’évocation de la création de la maison d’hôtes, elle explique : « Lorsque je suis arrivée en 2006 pour m’installer avec mon mari, le projet était déjà lancé. Il ne restait que 4 familles, la plupart des gens étant partis en ville parce que la vie
n’était pas facile, surtout en matière d’approvisionnement des denrées et de
l’eau.»  Elle poursuit en nous expliquant que la maison d’hôtes a été un levier pour la rénovation patiente de la kasbah, portée par la passion sans limite de la famille de son mari, Jamal Moussalli. Afin d’englober l’ensemble du site dans cette dynamique, une association a été créée. Les années, les aléas climatiques et notamment le séisme de 2023 ont toutefois laissé leurs traces, et la kasbah nécessite encore des travaux. Un travail de longue haleine, que le couple entend bien poursuivre. 

Taroudant,la capitale saâdienne

Notre dernière escale marque une transition presque nécessaire avant notre retour à Casablanca. Nous quittons progressivement la quiétude des montagnes pour rejoindre Taroudant, première capitale saâdienne au XVIe siècle. Entourée de remparts, celle que l’on surnomme la petite Marrakech, est toujours empreinte d’un rythme apaisé, où les vélos et les déambulations à pied donnent le ton d’une vie qui prend son temps. Notre point de départ : la place Assarag, bordée de cafés, où nous sommes rejointes par notre guide Elhabib Charjane. À ses côtés, nous déambulons environ 3 h dans la médina, à travers les souks, les placettes animées et le Mellah. Il attire notre regard sur Dar el-Baroud (la maison de la poudre, ancien palais du Pacha), les zaouïas, La Grande Mosquée, considérée comme l’une des plus importantes de l’époque saâdienne. Nous longeons également une partie des remparts, long
de près de 8 km et percés de 5 portes monumentales historiques. L’étape que nous ne voulions pas manquer : le grand souk artisanal et ses célèbres bijoutiers, reconnus pour leur savoir-faire en argent. Ici, on peut encore observer quelques artisans travailler le précieux métal, dont monsieur Lahcen que nous rencontrons à la bijouterie Es Saada. Et si de nombreuses créations sont exposées, issues de Taroudant et d’ailleurs, l’argent étant onéreux actuellement, la production de qualité se fait majoritairement sur commande. En passant devant la boutique La Caverne d’Ali Baba, notre guide Elhabib en profite pour évoquer le tournage du film Ali Baba, avec Fernandel, tourné en 1954 à Taroudant et dans la palmeraie de Tiout.

Sur les recommandations d’Elhabib, nous poussons également les portes d’Aladdin Treasure, niché au cœur du Mellah, l’ancien quartier juif de la médina, où l’ancienne demeure du rabbin conserve son élégant décor. Aujourd’hui, elle abrite un espace où sont rassemblés bien des trésors artisanaux (mobiliers, luminaires, tapis, objets décoratifs raffinés, etc.). Ce qui nous attire le plus reste bien sur les nombreuses vitrines où sont exposés les bijoux. Ramadan, maître des lieux, prend le temps de partager des explications sur les matières, les alliages et les assemblages des pièces anciennes et plus récentes.

Et parce que nous voulions découvrir l’élégance discrète des demeures historiques de Taroudant, nous avons poussé les portes du Palais Oumensour. Une adresse qui dévoile un riad traditionnel restauré dans le respect de son architecture d’origine, où patios, volumes et matériaux traditionnels composent une atmosphère feutrée. On y vient pour savourer un thé dans la quiétude, ou y passer la nuit, pour une escale urbaine pleine de caractère.

Un lieu à part

De passage à Taroudant, nous avons naturellement inscrit au programme la visite du Palais Claudio Bravo, qui s’étend sur 75 hectares à 8 kilomètres du centre-ville. Cette demeure iconique du peintre chilien, figure singulière installée au Maroc, ouvre une porte sur son univers intime. Accompagnées de Moreno, témoin privilégié du quotidien du peintre, présent depuis plus de vingt ans, nous traversons les espaces de vie, les patios ainsi que l’atelier conservé dans les moindres détails. Partout, l’opulence des pièces traduit le goût affirmé de Claudio Bravo pour
le beau. Le palais renferme en effet une impressionnante collection, patiemment assemblée au fil des décennies, entre artisanat marocain d’exception, mobilier précieux d’Inde, objets et bibelots venus des quatre coins
du monde, jusqu’à un surprenant cabinet d’ostéologie (ossements de girafe, hippopotame, etc.). La visite se poursuit dans le jardin, avec un regard porté vers le mausolée de Claudio Bravo, ainsi que le pavillon inspiré de la Ménara et son bassin peuplé de carpes koï. Une déambulation qui se vit comme une immersion dans l’univers d’un créatif passionné, où le temps semble suspendu.

Dar Al Hossoun, l’oasis apaisante

Pour terminer le road trip en douceur, nous posons nos valises à Dar Al Hossun, une propriété d’exception, à quelques minutes seulement des remparts de la ville. Nous y sommes chaleureusement accueillies par Xavier Giraud et son équipe. Ici, le ton est donné : le temps est au lâcher-prise et au repos. Et le seuil franchi, une impression de fraîcheur et de sérénité
nous enveloppe. On y apprécie tout particulièrement un moment de convivialité aux abords du bassin, comme une première immersion dans l’univers végétal de cet hôtel intime au luxe discret. Géré dans une démarche écoresponsable, le domaine s’inscrit avec justesse dans son environnement. Le bâti, sobre et morcelé a été entièrement réalisé par des artisans locaux, selon des techniques traditionnelles et avec des matériaux naturels (pisé, terre cuite, pierre). Quant aux chambres, elles séduisent par leur atmosphère chaleureuse et leur décoration soigneusement composée, où tapis chatoyants, tableaux inspirants, céramiques et pièces du quotidien d’autrefois dialoguent avec style. Mais c’est surtout à l’extérieur que le lieu révèle toute sa singularité. On se laisse absorber par la beauté des jardins, foisonnants, expressifs, presque spontanés qui portent la signature d’un duo d’architectes paysagistes de renom, Eric Ossart et Arnaud Maurières. Reconnu pour leur démarche artistique autour des jardins de l’aridité, ils ont imaginé ici un paysage vivant, peu consommateur d’eau, où se côtoient des centaines de variétés de plantes. Composant un carnet de voyage végétal, on y observe des espèces, parfois rares, des quatre coins du monde : agaves sculpturales, aloès, euphorbes, kalanchoés et opuntias. L’endroit idéal pour les admirer à la tombée du jour: le jardin creux, qui compose un décor à la fois graphique et apaisant.  

Dans les jardins, on s’amuse aussi à découvrir, au détour des allées, quelques sculptures en fer forgé et des figurines animalières en terre cuite. Intriguées, nous cherchons à en connaître l’origine. Xavier, qui apprécie partager ses bonnes adresses et recommandations, nous oriente vers les ateliers de ces artisans qui animent les lieux par leurs créations originales.

C’est ainsi que nous rencontrons le maître artisan ferronnier Omar Jamali, dans son  atelier à quelques minutes seulement de Dar Al Hossun. Sous ses gestes sûrs, et en quelques instants à peine, une silhouette expressive prend vie. Passionné de métal depuis plus de vingt ans, il crée au gré de son inspiration, mais répond surtout à des commandes. Il mêle références culturelles et formes animalières dans des pièces maîtrisées, pensées pour les jardins et les patios de Taroudant et d’ailleurs. Nous poursuivons notre quête artisanale en nous rendant au village de Tamaloukt, connu comme étant un village de potier, à une vingtaine de minutes de la ville. Au hasard d’une rencontre, nous poussons les portes d’un premier atelier, où sont confectionnés les carreaux traditionnels. Par la suite, nous rencontrons le maître potier Aziz Hayda et son épouse, heureux tous deux de nous accueillir et de nous expliquer leur travail. Autour d’un thé et sans détour, ils nous racontent aussi les conditions de vie difficiles et les séquelles laissées par le séisme dans le village.  Le regret d’Aziz : ne pas pouvoir accueillir plus régulièrement des visiteurs chez lui, ni intervenir davantage dans les établissements hôteliers et les riads pour y animer des ateliers.

À l’issue de cette dernière escale à Tamaloukt, nous ressortons de ce road trip à la fois émerveillées et un peu désabusées. Une nouvelle fois, il aura été l’occasion de rencontrer des personnes passionnées et de découvrir des lieux extraordinaires, dont certains mériteraient davantage d’attention. Malgré les efforts de mise en tourisme du patrimoine entrepris dans la région, certains sites, à l’image du rucher d’Inzerki ou des greniers collectifs, pâtissent encore d’un manque de signalétique et de dispositifs de préservation adaptés. La région n’en demeure pas moins d’une richesse exceptionnelle, et ne demande qu’à révéler toute sa profondeur aux visiteurs. Nous adressons nos chaleureux remerciements à toutes celles et ceux qui ont contribué à la réussite de ce road trip, en particulier à Madame Lamia Nafâa, directrice du Conseil régional du tourisme d’Agadir Souss Massa.