Interview : Brahim Belghiti Alaoui

«Nous devons changer l’image du golf au Maroc »

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Brahim Belghiti Alaoui,
Directeur Général de la FRMG

En poste depuis le début de l’année 2018, le Directeur Général de la FRMG, Brahim Belghiti Alaoui, est chargé par le comité de la Fédération, de suivre au quotidien la mise en œuvre de la stratégie de développement posée par Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid, son Président.

Golf du Maroc : Nous venons de vivre la 15ème Coupe du Trône. Quelle est l’importance de cette compétition dans le calendrier de la FRMG ?
Brahim Belghiti : La Coupe du Trône est devenue depuis ces dernières années un rendez-vous prestigieux du calendrier sportif national, tant par l’engouement des clubs que par la ferveur des équipes qui y participent. Aujourd’hui des pré-qualifications sont organisées pour choisir les équipes qui vont y prendre part. Elle rassemble donc les meilleurs joueurs amateurs du Royaume dans un grand esprit de compétition et de fair-play. Cette année, cette coupe est particulièrement importante car elle se joue sous la houlette de la nouvelle réglementation que S.A.R. Le Prince Moulay Rachid a tenu à mettre en place dès les premiers mois de son mandat pour mettre fin au problème de la transhumance des joueurs et leur changement de clubs à chaque approche de la Coupe du Trône. En vertu de cette réglementation, les clubs peuvent à nouveau, construire et former dans la durée pour créer un vrai projet sportif à long terme en investissant dans la formation.

GDM : En comptant la pré-qualification, seuls 18 des 44 clubs du Royaume ont présenté une équipe. Tous les clubs ne jouent donc pas le jeu ?
B. B. A. : Nous sommes en train d’amorcer une nouvelle dynamique dans laquelle les clubs sont en train de se mobiliser collectivement pour développer le golf national. Comme vous le savez, plusieurs golfs ont vu le jour ces 20 dernières années principalement pour des considérations économiques liées au tourisme et au développement de l’immobilier. Le volet sportif n’était pas leur priorité, mais force est de constater que nous assistons depuis l’élection de Son Altesse Royale à la tête de la fédération d’une mobilisation générale de tous les golfs sans exception, pour s’inscrire dans le cadre de la vision de développement mise en œuvre par l’actuel bureau et qui tient compte des besoins des golfs touristiques, immobiliers et sportifs. L’objectif étant de développer le volet économique qui permettra de tirer ce sport vers le haut.

GDM : Comment sont choisis les clubs qui reçoivent la Coupe du Trône ?
B. B. A. : La sélection des clubs se fait au niveau du Comité de la Fédération. La Coupe du Trône a aussi pour vocation de faire découvrir la richesse des golfs du Royaume. L’an passé, elle avait été organisée sur le prestigieux golf de Michlifen à Ifrane inauguré la même année par S.A.R. le Prince Moulay Rachid. Cette année, nous avons été les premiers à jouer les 18 trous du Bahia Golf Beach qui n’avait jusque-là que 9 trous. La fédération se met au service de tous les clubs, privés ou non, pour participer à leur promotion.

GDM : Ce coup de projecteur n’est donc qu’à vocation nationale car la Coupe du Trône n’est pas médiatisée au niveau international ?
B. B. A. : Effectivement, cette mise en lumière est d’abord à vocation nationale et le golf gagnerait davantage à développer en priorité la base de ses pratiquants nationaux, mais comme vous le savez, la presse électronique et les réseaux sociaux qui couvrent la Coupe du Trône participent à la promotion du tourisme golfique en dehors de nos frontières.

GDM : Est-ce aussi facile de collaborer avec des clubs comme le Royal Golf Dar Es Salam qu’avec des clubs commerciaux comme on en trouve à Marrakech ou à Agadir ?
B. B. A. : Comme cité au début, nous sommes en présence d’une nouvelle dynamique où tous les acteurs sont mobilisés pour assurer un vrai développement économique de ce secteur et permette ainsi un retour sur investissement des efforts déployés par l’État et le secteur privé sur le plan du Tourisme golfique. La réussite de ce défi aidera le sport à aller de l’avant. Et nous reconnaissons aujourd’hui que tous les acteurs sont convaincus de cette approche et ne ménagent aucun effort pour y participer.
Grâce à ce partenariat entre fédération et clubs de tout genre, nous avons lancé la formation des coachs en partenariat avec la PGA France (Association des Professionnels de Golf).

Aujourd’hui, nous avons déjà formé une 1ère promotion d’une quarantaine de pros, et nous sommes en train de poursuivre le cycle diplômant de niveau 2. En parallèle, la 2ème promotion de niveau 1 va débuter dans quelques jours pour une autre quarantaine de candidats. Nous aspirons à ce qu’il n’y ait plus de moniteurs ou enseignants qui exercent sans avoir un diplôme fédéral. La Fédération a tout un programme pour la formation dans les métiers de terrain, greenkeepers, caddies, mécaniciens et fontainiers pour améliorer la qualité des prestations et contribuer à l’augmentation du taux de retour des touristes étrangers.

Notre objectif est d’avoir des joueurs sur le Challenge Tour et d’être bien représenté à l’international

GDM : Mais il y avait déjà des formations…
B. B. A. :
Oui, il y avait des formations auparavant mais jamais assez complètes pour faire l’objet de certifications. La mise en œuvre opérationnelle est coordonnée et assurée par le nouveau Pôle Formation de la fédération selon les orientations stratégiques du Président de la commission formation et ses membres, conformément à la vision tracée par S.A.R. Le Prince Moulay Rachid et le bureau fédéral. Un partenariat a été mis en place avec l’OFPPT pour développer la formation continue et pour lancer une formation initiale spécialisée dans les métiers de terrain.

GDM : Comment changer l’image élitiste qui colle au golf ?
B. B. A. : Ce déficit d’image n’est pas propre au Maroc, mais au golf en général, partout dans le monde.  La nouvelle stratégie de la Fédération, déclinée par Son Altesse Royale dans la vision de développement énoncée lors de la dernière assemblée générale ordinaire, s’attaque à cette problématique à travers l’invitation des clubs à plus d´ouverture pour rendre ce sport plus accessible. Ceci ne pourra se faire que si on dispose de plus d’entraîneurs compétents et d’écoles de golf pour permettre aux enfants de découvrir ce sport. Nous pouvons confirmer aujourd’hui que le golf est plus accessible que dans les autres pays du point de vue des prix pratiqué. Précisons à cet égard qu’un cours de golf coûte la même chose qu’un cours de tennis ou qu’une séance de fitness. Un abonnement annuel à un club de golf est presque le même que dans des clubs d’aérobic et dans certains clubs d’autres disciplines sportives telles que le tennis ou la natation, etc. Il faut du temps pour changer les mentalités, et pour faire prendre conscience à tout le monde que le golf est une discipline sportive à part entière.

GDM : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs la différence aujourd’hui entre la Fédération et l’Association du Trophée Hassan II (ATH) ?
B. B. A. : la fédération est une délégation du service public chargée de gérer le sport du golf et de développer la discipline.
L’ATH est une association partenaire de la fédération qui a reçu une délégation de la fédération pour organiser le trophée Hassan II de golf et quelques événements à vocation internationale pour promouvoir le Maroc en tant que destination golfique et conforter la dynamique de développement sportive en faisant participer nos professionnels à plus de compétitions internationales.
Au bout de 19 ans d’expérience ATH a réussi à capitaliser une expérience reconnue dans la gestion événementielle sportive. C´est dans ce sens que S.A.R. a jugé utile de faire bénéficier la fédération de cette expérience, en confiant à ATH  l’organisation évènementielle et logistique des événements sportifs fédéraux. La fédération reste responsable de la politique sportive et fixe les règlements de ses compétitions. Elle choisit ses joueurs à travers sa commission sportive et son DTN.
Ce partenariat permet en même temps une mutualisation de coûts et de moyens. Un calendrier général des événements a été élaboré en y intégrant les événements sportifs internationaux qui étaient organisés par ATH et ceux organisés par la FRMG pour les amateurs, en répondant  au double impératif de développement sportif et de promotion du tourisme golfique.  

GDM : Le développement du golf passe par les jeunes. Où en est-on du golf scolaire ?
B. B. A. : Le sport scolaire est une problématique assez compliquée que la fédération explore depuis des années. Aujourd’hui, le ministère est en train de dynamiser le sport-études et deux collèges pilotes vont bientôt démarrer. Pour mieux accompagner le développement et donner toute l’importance nécessaire aux jeunes, nous avons créé une commission des jeunes dissociée de la commission sportive avec un président et son équipe. Un partenariat a été établi avec First Tee aux USA pour développer un programme sur mesure au Maroc et, pour la première fois, en Afrique. Il consiste à initier les enfants au golf en véhiculant les valeurs du sport que sont le respect de soi et de l’environnement, la confiance en soi ou l’envie de faire de son mieux. La Fédération a voulu ajouter à ces programmes des cours de langue afin de donner le maximum de chances à ces enfants.
Une nouvelle politique de partenariat est instaurée entre la fédération et les clubs sous la forme d’un contrat d’objectif : la fédération alloue des moyens financiers, des outils pédagogiques et des services aux clubs, et ces derniers s’engagent dans la durée sur la base d’objectifs clairs liés au développement de la pratique du golf auprès des jeunes et des femmes.

GDM : En revenant à la Coupe du Trône, il n’y avait dans les équipes que 8 femmes pour 112 hommes. Que pensez-vous de ce déséquilibre ?
B. B. A. : Si on prend l’exemple de l’Espagne et de la France, on est très loin de la parité également. Le développement du golf féminin est aussi un de nos axes de travail pour les prochaines années. Aussi, il existe aujourd’hui une commission féminine avec sa présidente et son équipe. Malgré tout, le Maroc est pris comme exemple car nous sommes très en avance sur ce domaine par rapport à d’autres pays musulmans, arabes et africains.  Maha Haddioui est la seule joueuse arabe et maghrébine sur le circuit féminin européen (LET). Nous sommes très optimistes quand nous voyons le potentiel des enfants et des jeunes qui sont en train d’éclore dans cette discipline dans les écoles de golfs ouvertes dans les clubs du royaume, et qui augurent un bel avenir au golf féminin.

GDM : L’International Golf Travel Market est organisé début octobre à Marrakech. Une belle occasion de mettre le Maroc sous les projecteurs. Quelle est la part de la Fédération dans cet événement ?
B. B. A. : Conscient de l’importance que revêt un tel évènement et des retombées socio-économiques qu’il peut avoir sur notre pays à travers la dynamisation du tourisme national, en particulier du tourisme golfique, la Fédération a joué, en amont, un rôle déterminant pour attirer cet évènement mondial au Maroc. Notre Fédération travaille aujourd’hui pour l’organisation de ce salon professionnel en étroite collaboration avec l’ONMT et la région de Marrakech-Safi.

GDM : En octobre, également, va se tenir le Lalla Aïcha Challenge Tour. La création de ce tournoi de la 2ème division européenne fait-elle partie d’une stratégie pour amener les pros marocains au plus haut niveau ?
B. B. A. : Le Challenge Tour connait bien le Maroc. Notre pays avait accueilli annuellement cette compétition, entre 2002 et 2010, à l’exception de 2007. Le nom donné à ce tournoi a différé selon les années autour de l’appellation « Maroc Classic ».
Le retour du Challenge Tour parachève l’édifice global du calendrier sportif élaboré depuis des années et qui, comme les compétitions de clubs pour les juniors, vient compléter une pyramide d’évènements qui doivent conduire notre élite vers le très haut niveau. Ces tournois nous permettent aussi de créer des liens avec d’autres nations golfiques et de faire des échanges qui bénéficieront à court terme à nos joueurs et à l’économie golfique au Maroc. Notre objectif est d’avoir des joueurs sur le Challenge Tour et d’être bien représenté à l’international. Et pourquoi ne pas rêver d’avoir de grands joueurs du golf marocain qui nous représenteront sur le Tour. Nous savons que nous n’allons pas changer le golf marocain en un an. Mais nous travaillons à déployer la vision de développement structurante et ambitieuse du Président de notre Fédération. Au-delà de sa vision de développement et du plan d’action élaboré par son nouveau comité fédéral, Son Altesse Royale veille sur deux points fondamentaux : le respect de la loi et la bonne gouvernance.

GDM : Et quelle est l’échéance pour mener à bien tous ces projets ?
B. B. A. : Une vision à été déclinée, des plans d’actions ont été élaborés, des mesures sont prises au quotidien dans ce sens. Nous sommes à un an du premier mandat. La vision posée a l’ambition de revoir de fond en comble ce secteur, mais le changement des mentalités et le sport en général nécessitent une notion de temps incompressible. Vous savez qu’un athlète de haut niveau a besoin de 10 000 heures pour parvenir au niveau demandé. Nous ferons un bilan à l’échéance du premier mandat pour mesure les étapes parcourus et le chemin qui reste à faire.





 

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