Pensé pour bouleverser l’ordre établi du golf professionnel, le LIV Golf traverse la crise la plus importante de sa courte histoire. La ligue a déposé, le 8 septembre 2026, une demande de protection sous le régime du « Chapter 11 » auprès du tribunal des faillites du New Jersey. Une procédure qui lui permet de poursuivre ses activités tout en restructurant ses dettes, mais qui révèle la fragilité d’un modèle longtemps soutenu à bout de bras par le fonds souverain saoudien.
Un circuit né pour défier les grandes institutions
Lancé en 2022 sous la direction de Greg Norman et financé par le Public Investment Fund d’Arabie saoudite, le LIV Golf s’était donné pour ambition de rivaliser avec le PGA Tour et le DP World Tour.
Son format rompait avec les traditions : tournois sur 54 trous, départs simultanés, absence de cut et classement individuel associé à une compétition par équipes. De très importantes dotations et des contrats garantis avaient permis d’attirer Phil Mickelson, Dustin Johnson, Brooks Koepka, Bryson DeChambeau, Cameron Smith, puis Jon Rahm.
Cette offensive a profondément divisé le golf mondial. Les départs de nombreux champions ont entraîné suspensions, procédures judiciaires et tensions avec les circuits historiques. L’accord-cadre annoncé en juin 2023 entre le PGA Tour, le DP World Tour et le PIF avait laissé entrevoir un rapprochement, sans toutefois aboutir à une intégration définitive.
Un modèle extrêmement coûteux
Durant cinq saisons, le LIV Golf a consacré des sommes considérables aux primes de recrutement, aux contrats garantis, aux dotations et à l’organisation d’événements sur plusieurs continents. Selon plusieurs médias économiques américains, le PIF aurait investi plus de cinq milliards de dollars depuis la création du circuit.
Malgré son développement international et la signature de nouveaux accords de diffusion, la ligue n’est pas parvenue à dégager des revenus commerciaux suffisants pour financer seule son fonctionnement. Ses importantes dépenses sont demeurées tributaires des injections régulières de son unique actionnaire.
La décision du PIF de mettre fin à son soutien financier après la saison 2026 a donc précipité la crise. Le fonds saoudien a expliqué que les investissements nécessaires sur le long terme ne correspondaient plus à la nouvelle phase de sa stratégie. Privé de son principal bailleur, le LIV Golf a procédé au licenciement d’une grande partie de ses salariés au mois d’août, tout en recherchant de nouveaux investisseurs.
Jusqu’à un milliard de dollars de dettes
Les documents déposés devant la justice américaine font état d’actifs estimés entre 100 et 500 millions de dollars, pour des engagements compris entre 500 millions et un milliard de dollars auprès d’au moins un millier de créanciers.
Plusieurs vedettes du circuit figurent parmi les créanciers non garantis. Jon Rahm, Bryson DeChambeau et d’autres joueurs attendraient encore le versement d’une partie des sommes prévues par leurs contrats.
Ces engagements considérables, associés au retrait du PIF, aux pertes successives et à l’absence d’un financement de remplacement immédiatement disponible, expliquent le recours au Chapter 11. Le fonds saoudien a néanmoins accordé un prêt de près de 50 millions de dollars afin d’accompagner la procédure.
Une restructuration plutôt qu’une disparition immédiate
Le dépôt de bilan ne signifie donc pas, à ce stade, la disparition du LIV Golf. La ligue souhaite utiliser cette protection judiciaire pour réduire ses dettes, renégocier certains contrats et préparer une version moins coûteuse de son projet.
Un accord de restructuration a été conclu avec BC Partners Credit. Le scénario envisagé donnerait aux joueurs une participation majoritaire dans la future société, aux côtés de nouveaux investisseurs. Le LIV Golf espère achever la procédure et lancer cette nouvelle organisation au début de l’année 2027.
L’incertitude demeure toutefois considérable. Le PGA Tour a déjà indiqué qu’aucun dispositif particulier n’était actuellement prévu pour faciliter le retour des joueurs du LIV Golf. L’avenir de la ligue dépendra désormais de sa capacité à attirer de nouveaux capitaux, à alléger ses engagements et à transformer une aventure financée par plusieurs milliards de dollars en un modèle économiquement viable.
Sources : LIV Golf, Reuters et Financial Times