MMMM… LE TEMPS DU CHOCOLAT !

MMMM… LE TEMPS DU CHOCOLAT !

Au-delà de sa douceur familière, le chocolat porte en lui une charge émotionnelle, esthétique et presque spirituelle. Derrière chaque création, il y a une femme, une vision, un geste. Au Maroc, trois univers se croisent aujourd’hui pour dire autrement cette matière sensible : Sofia Kandouci, Sara Duclaux et Sophia Berrada chacune avec sa propre façon de donner voix au chocolat. Et pour éclairer cette passion, la chocologue Victoire Finaz livre son regard expert sur l’art de la dégustation.

Il y a quelque chose d’étonnamment intime dans la façon dont on goûte un chocolat. Le chocolat n’est pas seulement l’expression d’un plaisir immédiat : c’est un langage. Il dit l’enfance, la précision, les gestes transmis, les moments qu’on s’accorde, les instants où l’on se retrouve. Et puis il y a celles qui le travaillent, qui connaissent ses caprices, ses exigences de température, de timing, de texture. Celles qui font de ce produit à la fois simple et fragile une matière vivante, capable de raconter un pays, une émotion, un style. Nous avons attentivement écouté trois femmes qui tracent aujourd’hui des chemins singuliers dans cet univers : l’esthétique délicate de Sofia Kandouci, l’introspection chaleureuse de Sara Duclaux, et l’élan artistique de Sophia Berrada qui fait dialoguer chocolat et création contemporaine. Et, à leurs côtés, la chocologue Victoire Finaz rappelle que déguster un chocolat, c’est lire une intention.

 

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LIPS, c’est d’abord l’histoire d’une petite fille, qui restait dans la cuisine jusqu’à minuit pour ajuster la position d’une noix sur un gâteau, fascinée par le détail, par la beauté secrète de l’art sucré : « Les anges sont dans les détails », nous dit cette jeune femme accomplie qui a fait du chocolat, une sorte d’écriture intérieure. Pendant le COVID, enfermée à la maison, Sara prépare quatre ou cinq entremets par jour, comme une manière de respirer, de comprendre, de maîtriser une matière qui lui permet de canaliser son énergie. Puis vient la décision : ouvrir un lieu à soi, un espace où le chocolat serait non pas un produit mais un lien. LIPS est né de ce besoin viscéral. Ce n’est pas une boutique, c’est une bulle. Un endroit où les gens entrent pour acheter du chocolat mais repartent souvent allégés d’une émotion, d’un mot, d’un récit. Sara raconte ces moments avec une gratitude presque bouleversante : les confidences spontanées, les éclats de rires, parfois les larmes. Chez elle, le chocolat devient un prétexte à la rencontre, un objet transitionnel, un petit talisman qui apaise. Elle aime le chocolat noir le soir, pour son amertume délicate qui frôle la salinité, et les ganaches fruitées pour leur tension lumineuse.

Elle savoure lentement, laisse fondre, écoute. Car pour Sara, la dégustation est une manière de prendre soin de soi et de se reconnecter au réel.

Chez Sofia Kandouci, le chocolat est affaire de style, de douceur et d’identité. Une identité marocaine assumée, plurielle, vivante, qui se glisse dans ses créations comme un parfum discret, comme une couleur qui ne s’impose jamais mais qui habille tout. Le Monde de Sophie n’est pas une chocolaterie comme les autres : c’est un univers qu’elle a façonné patiemment, avec la délicatesse de celles qui savent que la beauté ne se dit jamais frontalement, mais en nuances, en textures et… en gestes maîtrisés ! Ce qui frappe dans son travail, c’est cette manière unique d’enraciner le chocolat dans un Maroc qui n’est pas caricaturé ni folklorisé, mais sublimé. Un Maroc intérieur, profond, qui rassemble autant les savoir-faire artisanaux que l’élégance contemporaine, autant l’héritage que le renouveau. Sofia puise dans la pluralité de son pays — ses couleurs, ses parfums, ses matières, ses contrastes — pour imaginer des créations qui ressemblent à des petites pièces de couture. Dans sa vision, le chocolat devient un objet de beauté, un fragment d’esthétique marocaine réinventée, pensée pour être goûtée autant que contemplée. Il y a chez elle une vraie obsession du détail : le choix des textures, la précision du geste, l’équilibre des formes. Rien n’est criard, rien n’est ostentatoire. Tout est harmonie, discrétion, élégance. Et pourtant, dans chaque bouchée, on retrouve une émotion familière : celle d’un Maroc multiple qui a nourri son imaginaire et continue de l’inspirer. Le Monde de Sophie porte ainsi son nom avec justesse : c’est un monde, vraiment, celui d’une femme qui a su transformer le chocolat en langage, son pays en matière première, et la gourmandise en esthétique.

 

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À Hédonia, rien n’est laissé au hasard et surtout pas l’intention. Derrière cette maison devenue une référence au Maroc, il y a une femme : Sophia Berrada, passionnée de gastronomie et de belles choses, qui a très tôt compris que le chocolat pouvait être un objet émotionnel aussi puissant qu’une œuvre. Fondée en 2011, sa maison s’est imposée avec discrétion mais avec une grande cohérence : l’exigence, la beauté, le sens du détail, l’envie de surprendre sans jamais dénaturer. D’ailleurs, la Collection Collector 2025, qu’elle imagine comme « une célébration du raffinement, du savoir-faire et de l’émotion esthétique » témoigne de cette vision presque curatoriale du chocolat. Ce n’est plus seulement un coffret : c’est un geste. Une manière de raconter le goût par les objets, les textures, les matières, les volumes. Et c’est évidemment elle qui initie la collaboration exclusive avec Mahi Binebine, offrant à ses chocolats un dialogue inédit avec l’art contemporain. Deux œuvres de l’artiste habillent les écrins, comme si le chocolat devenait soudain une extension de la couleur, du mouvement, de la ligne. C’est un parti pris audacieux, profondément pensé : ancrer la gourmandise dans un territoire esthétique, faire entrer l’émotion dans un écrin, brouiller les frontières entre ce que l’on offre et ce que l’on contemple. Chez Sophia Berrada, offrir du chocolat n’est jamais un acte banal : c’est offrir un fragment d’elle, de sa sensibilité, de cette élégance feutrée qui traverse chaque collection. Son univers dit quelque chose d’essentiel : quand le geste est beau, le goût n’en est que plus esthétique.

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Comment reconnaître un bon chocolat ? 

Un bon chocolat se dévoile en trois temps. D’abord, la vue : une brillance homogène signe un tempérage maîtrisé. Puis le son : un “clac” net, franc, presque cristallin. Enfin, la bouche : une fonte lente, une matière lisse, sans lourdeur. Le chocolat doit évoluer, raconter quelque chose au fil des secondes.

Quelle est, selon vous, la plus belle manière de le déguster ?

En laissant le temps agir. Mordre est une tentation, mais fondre est une révélation. Quand on laisse le chocolat se déposer sur le palais, les arômes se libèrent dans un ordre précis, un peu comme une petite musique. La lenteur est une forme de respect. 

Le choix d’un chocolat dit-il quelque chose de la personne qui le savoure ? 

Absolument. Le noir exprime souvent la recherche de profondeur, voire une curiosité sensorielle. Le l a i t r é p o n d à u n b e s o i n d e d o u c e u r, d’enveloppement. Le blanc, lui, parle de réassurance. Le chocolat agit comme un miroir émotionnel : il révèle une nuance douce de notre personnalité.

 

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