La 1:54 est unique en son genre : fondée en 2013 par Touria El Glaoui, à Londres, c’est la seule foire internationale consacrée à l’art africain contemporain, ce qui explique son succès constant depuis plus de dix ans. Lors de ses trois éditions annuelles à Marrakech, Londres et New York, c’est le grand raout de l’art africain.
Arpenter la 1:54, c’est découvrir des galeries et des artistes du monde entier, mais c’est aussi et surtout mesurer l’évolution du marché de l’art au Maroc. Bien qu’encore modeste (environ 800 millions de dirhams/ an pour le volet formel), il a connu une transformation importante au cours des dernières décennies, principalement grâce à la dynamique insufflée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Son soutien manifeste aux arts plastiques et aux artistes contemporains marocains a permis de lancer d’importants chantiers culturels, dont la construction et la réhabilitation de musées, afin de valoriser les talents locaux tout en favorisant l’accès à l’art d’un public plus large.
Initialement nourri de grands noms de l’art pictural (notamment orientaliste), le marché de l’art marocain s’est progressivement enrichi des œuvres d’artistes contemporains. Nombre de galeries marocaines promeuvent désormais l’art contemporain et sensibilisent collectionneurs et institutions à sa richesse et à sa diversité. Aujourd’hui, les collectionneurs marocains suivent de près le travail des artistes africains. Et, surtout, ils sont soucieux d’entretenir une relation de confiance avec les galeries qui, pour la plupart, effectuent un travail monumental afin de positionner l’art marocain comme une force vive dans le paysage contemporain mondial. « Pour une galerie, la participation à des foires internationales est fondamentale » explique Nadia Amor, directrice-associée de L’Atelier 21, à Casablanca. « Non seulement elles représentent une plateforme essentielle pour montrer et diffuser les créations des artistes, mais elles permettent surtout de rencontrer un nouveau public et de nouveaux collectionneurs, ainsi que nos confrères étrangers et les professionnels du secteur ». Ce sont justement ces derniers - commissaires d’exposition, responsables de musées et institutionnels - qui créent des relais pour les artistes locaux, renforçant ainsi leur visibilité et leur diffusion sur la scène internationale. Et ils ont afflué à cette édition de la 1:54. Une édition particulièrement réussie, si l’on en croit les nombreux professionnels qui ont salué l’excellence du travail de Touria El Glaoui : « nous avons vu du très beau monde ! » reconaît une galeriste londonienne, exposante assidue de la 1:54, en faisant référence aux institutions (notamment une importante délégation de la Tate) comme aux collectionneurs.
Qu’est-ce qui fait courir un collectionneur ? Le coup de cœur ? L’investissement ? Le suivisme ? Parfois les trois à la fois. Mais, on l’a dit, le marché évolue. Par la force des choses, les goûts des collectionneurs aussi. Le tarissement progressif des œuvres des grands artistes marocains est une réalité qui les pousse à explorer des expressions nouvelles et des courants nouveaux. Si Ahmed Cherkaoui, Jilali Gharbaoui, Farid Belkahia, Mohamed Melehi ou encore Saad Ben Cheffaj ont marqué l’histoire, leurs œuvres deviennent rares et leur valeur patrimoniale augmente, ce qui pénalise les jeunes collectionneurs. C’est la raison pour laquelle les regards se tournent vers des artistes de la deuxième génération, comme Fouad Bellamine, Najia Mehadji et Abdelkebir Rabi qui incarnent des valeurs sûres. Mais également vers des artistes contemporains (Mo Baala, Mous Lamrabat, M’barek Bouhchichi,
Coups de cœur
Les photomontages du Congolais Kevin Kabambi
(Galerie Medina, Mali), les fresques hypnotiques de l’Ivoirien Chada (Farah Fakhri Gallery, Côte d’Ivoire), le sucre détourné de la Franco-marocaine Maïssane Alibrahimi (Hunna Art, Koweït), les broderies et perlages d’Amina Benbouchta avec la Kalhath Foundation (Inde), la Palestine selon Mohamed Arejdal (Comptoir des Mines, Maroc), les portraits engagés de M’barek Bouhchichi (Atelier 21, Maroc), les fusains d’Abdelkebir Rabi (Khalid Fine Arts, Maroc) exposés dans l’ancien hammam El Bacha, les sculptures monumentales en bois brûlé de l’Ivoirien Jems Ko Ko Bi (Galerie 38, Maroc), les compositions en céramique de Bouchra Boudoua et les photographies puissantes de Mous Lamrabat (Loft, Maroc), les toiles à base de tissu en nylon du Ghanéen Adjei Tawiah (So Art, Maroc), les sérigraphies de Tanger Print Club (Maroc)... et la défense du patrimoine à travers le Guéliz Manifesto du Studio Laberinto (Maroc).
Nabil El Makhloufi...) dont le dynamisme et la créativité contribuent à enrichir le paysage artistique marocain et international.