Le rêve américain des jeunes golfeurs marocains

Le rêve américain des jeunes golfeurs marocains

Le Maroc compte une dizaine de jeunes golfeurs qui suivent un cursus de sport-études aux Etats-Unis. Un chiffre qui ne manquera pas d’augmenter grâce au programme « Road to the Tour » lancé par la Fédération Royale Marocaine de Golf. Mais en attendant, nous nous sommes enquis de leur quotidien. Rim Imni, Malik Laghjichi, Mohamed Nizar Bourehim, Adam Bresnu, Hugo Mazen Trommetter, Rayan Benqlilou, Noha Ghadi, Sofia Cherif Essakali et Malak Bouraeda, ils sont neuf joueurs représentant les équipes nationales du Maroc, âgés entre 13 et 21 ans, à faire du sport-études aux Etats-Unis et à bénéficier du programme « Road to the Tour » de la Fédération Royale Marocaine de Golf. « Le programme RTT est ouvert à tous(tes) jeunes licencié(e)s porteurs d’un double projet sportif et académique. Nous commençons par une détection par rapport au niveau sportif à travers les coaches régionaux lors des compétitions du Junior Tour mais aussi lors de visites régulières aux différents clubs du Royaume. Nous avons établi une grille de critères sportifs corrélée avec l’âge des golfeur(se)s qui nous permettent de savoir si les aptitudes techniques sont suffisantes pour entrer dans le programme », affirme Jalil Benazzouz, Président de la Commission Sportive de la FRMG. Il précise que par la suite « nous vérifions quels sont les objectifs affichés par ces jeunes golfeuses et golfeurs ainsi que leurs résultats scolaires, en particulier leur niveau en anglais. Nous nous rapprochons ensuite des parents afin de discuter de l’avenir qu’ils préconisent pour leurs enfants. Une fois que la candidature est validée, le dossier est soumis à une commission fédérale qui statuera sur son acceptation et le niveau d’accompagnement qui lui sera accordé».    Les golfeuses et golfeurs disposent d’un accompagnement administratif, financier et technique de la FRMG. Accompagnement financier, technique et administratif Une fois sélectionnés dans le programme, les golfeuses et golfeurs disposent d’un accompagnement administratif, financier et technique de la part de la Fédération. Sur le volet administratif, l’accompagnement porte notamment sur les démarches pour le visa, les test SAT… mais il concerne également le recrutement dans les universités américaines. « Nous avons des prestataires spécialisés dans le recrutement dans les universités américaines pour mettre en avant nos jeunes et augmenter leurs chances d’être recrutés », souligne Jalil Benazzouz. Sur le volet technique, les golfeuses et golfeurs marocains ont droit à un staff de haut niveau fédéral quand ils sont au Maroc. Ceux parmi eux qui sont en cycle pré-universitaires aux États-Unis ont droit à des stages de perfectionnement auprès de coaches américains de renom, en plus de disposer d’un matériel technique adéquat pour performer. Leurs participations à des compétitions nationales et internationales sont également prises en charge par la FRMG pour mesurer leur évolution et leur permettre d’accéder au meilleur classement mondial amateur possible. Quant à l’accompagnement financier de la FRMG, « mis à part le financement du matériel, des compétitions et des regroupements, la Fédération subventionne une partie plus ou moins importante des budgets relatifs aux frais scolaires et sportifs pré-universitaires dans lesquelles sont installées nos jeunes aux États-Unis», selon Jalil Benazzouz. Ce qui différencie les Etats-Unis du Maroc, c’est la concurrence.  La vie entre études et golf Une fois aux Etats-Unis comment se passe le quotidien des jeunes golfeurs marocains dans un milieu sport-études très sélectif et exigeant? Rim Imni (18 ans), du golf de l’Océan à Agadir, effectue son programme sport-études au Seminole State College en Floride, qui fait partie de la NJCAA (National Junior College Athletic Association). Ce programme propose une formation académique ou professionnalisante de deux ans. Les niveaux golfique et universitaire y sont moins élevés. La plupart des Junior Colleges sont de petites tailles et permettent une attention particulière des professeurs. Il est possible d’être transféré d’un Junior College à une université en NCAA (National Collegiate Athletic Association) après 2 ans. Le diplôme final obtenu après 2 ans en Junior College, suivis de 2 ans en NCAA, est le même que celui obtenu après 4 ans en NCAA.  Ces précisions faites, Rim Imni qui en est à sa première année confie que « le sport-études était un projet mis en place dès le premier jour par mon coach Jean-Marie Kazmierczak qui m’a pris en charge toutes ces années avec comme objectif prioritaire d’être admise dans une université aux Etats-Unis. Je tiens à remercier Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid et la Fédération Royale Marocaine de Golf qui m’ont énormément aidé pour réaliser ce projet ».   Quotidiennement, elle assure que chaque journée est différente. Souvent, le matin, c’est Brain Training ou bien une séance de sport avant d’aller aux cours et les après-midis sont réservés au golf. Sur les exigences des universités américaines en termes de résultats à la fois académiques et sportives, Rim Imni trouve que « la clé est de trouver un équilibre entre les études et le sport, de faire un programme et d’essayer de l’appliquer, faire les choses pas à pas et ne pas oublier que les études passent avant le sport ».   Quand on pose la question de la valeur ajoutée golfique des Etats-Unis comparativement au Maroc, celle qui envisage d’être professionnelle à l’issue de son cursus affirme que « ce qui différencie les Etats-Unis du Maroc, c’est la concurrence. Ici, il y a beaucoup de tournois universitaires et on joue avec plusieurs nationalités ». La concurrence et le niveau de jeu Hugo Mazen Trommetter (18 ans), du PalmGolf Casablanca, effectue son programme à la Elevation Preparatory Academy à Sarasota en Floride. Il abonde dans le même sens. Pour lui, « techniquement parlant nous ne sommes pas loin, mais ce qui fait la force des Etats-Unis, c’est qu’il y a beaucoup plus de joueurs donc le pourcentage de bons joueurs est beaucoup plus élevé comparé au Maroc. Être là me permet donc de n’être entouré que de bons joueurs et d’apprendre à gérer un plan de carrière plus clair avec une meilleure programmation au niveau des cours et de mon golf ». Lui n’est pas encore à l’université. « Étant en High School, c’est un peu moins encadré qu’un programme golfique en université mais c’est plutôt basique, j’ai cours le matin et après cela je suis libéré pour aller m’entraîner avec mon coach et seul. Le programme dépend plus de moi que de l’école contrairement à l’université où c’est l’inverse», soutient-il. A propos des exigences scolaire et golfique, Hugo affirme qu’il n’a pas du tout la pression. « Je sais que si je suis présent en cours et que j’écoute ce qu’on me dit, j’aurais automatiquement de bonnes notes. Il faut juste avoir un plan clair et savoir segmenter les études, le sport et les loisirs. J’ai fait cela pendant toutes mes années de lycée et ça marchait », étaye-t-il.     Hugo Mazen Trommetter entend obtenir son diplôme en Business avant de se consacrer totalement au golf et sûrement passer professionnel. C’est également le rêve de Mohamed Nizar Bourehim (20 ans), pensionnaire du PalmGolf Casablanca, qui entamera son programme sport-études en 2023 à New Mexico State University à Las Cruses à New Mexico, qui fait partie de la NCAA (1ère division). « C’était mon objectif dès le départ de rejoindre une université aux États-Unis, puisque je vois que la majorité des meilleurs joueurs au monde viennent de ces universités », explique-t-il à propos de son cursus. Il dit jouer au golf le maximum de jours possible et s’entraîne physiquement au minimum trois fois par semaine. Pour lui, les exigences des universités américaines vis-à-vis des étudiants, en termes de résultats académiques et de performances sportives sont une source de motivation qui le pousse à se surpasser. Et il a une bonne assise dans la mesure où il affirme que « honnêtement, je trouve que le Maroc a bien évolué puisque nous sommes très bien encadrés et nous avons un excellent staff derrière nous dans l’équipe nationale qui nous pousse à constamment faire évoluer notre niveau. Je trouve que la seule chose qui différencie les deux pays, c’est la culture du golf et le niveau de jeu qui est beaucoup plus élevé ».   Malak Bouraeda, l’exemple par le papa Malak Bouraeda, elle, est un cas particulier. Elle est née et a grandi aux Etats-Unis. Désireuse de faire ses preuves là-bas, elle s’en est remise à son père Zakaria Bouraeda. « Aux Etats-Unis, le sport est roi. Les enfants commencent à pratiquer plusieurs sports très jeunes. Une fois au lycée, les athlètes ont des opportunités de représenter leurs écoles contre d’autres lycées au niveau local, puis régional et au niveau de l’État. Les coaches universitaires recrutent dans les lycées. Cependant, dans le golf, c’est un peu différent car les coaches universitaires préfèrent que leurs joueurs aient plus d’expérience au niveau national et international », précise Zakaria Bouraeda. A l’en croire, les lycées jouent un rôle important avant l’université car ils mettent les joueur(ses) dans des situations compétitives, à la fois en classe et sur le terrain. « Mon rôle en tant que parent était de continuer à bâtir sur cette base et de trouver le meilleur chemin pour Malak. Cela signifiait jouer des tournois tout au long des étés. Ceci dit, il faut savoir quand faire un break pour éviter les burnouts », dit-il. Aux parents dont les enfants veulent aller faire du sport-études en golf aux Etats-Unis, il conseille de commencer les démarches tôt car les coaches universitaires recrutent deux voire trois ans en amont. D’après Zakaria Bouraeda, cela ne veut pas dire qu’un jeune de 16 ou 17 ans n’aura pas l’occasion de jouer dans une université mais les choix seront plus restreints.   « Il y a un Junior Tour aux US du nom de AJGA (American Junior Golf Association), qui est le meilleur circuit au monde pour les jeunes. La grande majorité des coaches universitaires viennent recruter sur ce circuit », souligne le papa de Malak Bouraeda (Université du Colorado) dont la fille a été la première joueuse marocaine et arabe à se qualifier à l’US Women’s Open disputé du 2 au 5 juin dernier.