A Marrakech, le cinéma ne se limite pas à ce qu’il montre. Il s’observe dans les marges, dans les lieux de passage, dans les échanges informels où les récits se fabriquent avant d’être projetés. Le Festival International du Film de Marrakech offre ce temps suspendu où images et idées se mettent en mouvement. Pendant la 22e édition du Festival International du Film de Marrakech, du 28 novembre au 6 décembre derniers, cette effervescence a pris des allures de laboratoire culturel à ciel ouvert. BMW y a trouvé un terrain d’expression naturel, incarnant pleinement son rôle de mécène. Manière assumée d’affirmer qu’une marque automobile peut être plus qu’un constructeur : un catalyseur de visions.
Cela fait désormais dix ans que Smeia, importateur exclusif de BMW au Maroc, accompagne le festival. Dix années à faire circuler les talents, discrètement, dans des véhicules toujours plus silencieux, plus électrifiés, plus futuristes. En 2025, pourtant, la marque change de tempo. Il ne s’agit plus seulement de transporter les créateurs, mais de s’immerger dans leur imaginaire, d’habiter les récits et d’en partager les questionnements.
« Avec Julie Mehretu, comme avec Jeff Koons ou Olafur Eliasson, un jury indépendant est toujours en place. BMW n’en fait pas partie, car nous souhaitons que ce soient des directeurs de musées ou d’autres artistes qui décident qui deviendra le prochain artiste BMW Art Car », confiait d’ailleurs Thomas Girst, directeur de l’engagement culturel de BMW à Golf du Maroc avant le FIFM, précisant que « depuis le début, nous avons voulu faire quelque chose en Afrique, impliquer la mobilité et voir comment la vision d’un artiste peut se concrétiser. C’est exactement ce que nous voyons aujourd’hui avec le African Film and Media Arts Collective : accompagner les artistes pour que leur vision prenne forme ».
AFMAC : l’Afrique en mouvement, laboratoire d’images
Car au cœur de cette montée en puissance se trouve l’AFMAC (African Film and Media Arts Collective). Lancée par l’artiste Julie Mehretu et la productrice Mehret Mandefro, avec le soutien de BMW, l’initiative se déploie comme un collectif panafricain nomade. Lagos, Tanger, Nairobi, Dakar, Cape Town… AFMAC traverse les villes et les scènes artistiques avec une même ambition : offrir aux jeunes créateurs un espace rare d’expérimentation et de dialogue.
Workshops transdisciplinaires, discussions sur la représentation, l’authenticité, la transmission : AFMAC se veut à la fois accélérateur de trajectoires et révélateur de regards. Pour la première fois, ce travail a été donné à voir au public à travers le Cinema Club BMW & AFMAC, installé à M Avenue. Un espace ouvert, où se succèdent fragments vidéo, extraits de films et récits en devenir. On y découvre les visions futuristes de Wanuri Kahiu, les méditations visuelles de Jim Chuchu, les narrations engagées de Zeresenay Berhane Mehari ou encore les explorations conceptuelles du collectif londonien The Otolith Group. Une constellation de talents, reliés par une même énergie : inventer d’autres images de l’Afrique contemporaine.
Archives vivantes, récits en devenir
Avant Marrakech, AFMAC avait déjà trouvé à Tanger un terrain d’ancrage évident. Du 21 au 27 juillet 2025, la Cinémathèque de Tanger est devenue le théâtre d’une résidence intense, pensée comme une traversée du temps et des images. Dans la lumière blanche du détroit, artistes, cinéastes et intellectuels venus de tout le continent se sont retrouvés autour d’une question centrale : comment relire et réactiver les archives filmiques africaines sans les figer ?
Pilotée par Julie Mehretu, figure majeure de l’art contemporain et créatrice de la 20e BMW Art Car, et dirigée par le cinéaste éthiopien Zeresenay Berhane Mehari, la résidence a favorisé des échanges denses entre créateurs marocains et panafricains, parmi lesquels Aziza Abdelhak, Hassan Maanany, Houcin Chani et Ramata Maiga.
Chaque résidence AFMAC se conclut par la réalisation d’une œuvre cinématographique inédite, destinée à enrichir une anthologie du cinéma africain contemporain. Celle issue de Tanger sera présentée en 2026 au Zeitz Museum of Contemporary Art Africa, au Cap, aux côtés de la 20e BMW Art Car. Un dialogue prolongé entre art visuel, mémoire et mouvement. À Marrakech, cette démarche s’est prolongée aux Ateliers de l’Atlas, espace clé de formation et de professionnalisation du festival. Lors de la rencontre « Beyond the Gaze », Mehret Mandefro et Zeresenay Berhane Mehari ont interrogé la fabrique du récit africain : comment préserver une voix singulière ? Comment raconter un territoire sans céder aux attentes du marché global ? Comment résister au compromis esthétique ? Autant de questions qui confirment que le cinéma africain ne se contente plus de promettre, il agit désormais.
Quand la mobilité devient vision
Une présence culturelle de BMW qui s’inscrit dans un temps long, que le constructeur et aujourd’hui mécène souhaite « faire de fidélité et de continuité ». « Cette année encore, l’attention portée aux formes de mobilité douce et aux circulations silencieuses participe à l’atmosphère feutrée du festival. Les lieux dialoguent entre eux, les publics se déplacent sans rupture, et l’expérience globale gagne en fluidité », confirme ce dernier.
L’édition 2025 du festival invite ainsi à repenser la place des marques dans le paysage culturel contemporain. Plus qu’une opération de visibilité, BMW affirme un rôle d’acteur engagé, attentif aux scènes émergentes et aux récits en construction. À Marrakech comme à Tanger, la marque ne soutient pas seulement des événements : elle contribue à façonner un écosystème. Un espace de circulation des idées, des images et des imaginaires.




