En 2025, le marché automobile du neuf a passé la surmultipliée, cumulant 208 018 immatriculations à fin novembre. Datant de 2018, le précédent record des ventes a été effacé des tablettes dès fin octobre. Deux des artisans de cette moisson exceptionnelle, Allal Benjelloun, boss de la Centrale Automobile Chérifienne (CAC), et Abdelouahab Ennaciri, aux manettes de SCAMA et président de l’AIVAM, du collège des importateurs, racontent les coulisses de l’exploit, décryptent les ressorts de cette envolée.
En 2025, le marché marocain du neuf a repris goût à la vitesse après quatre années post-Covid, lors desquelles il aura été plus ou moins
« flat ». Les chiffres à fin novembre donnent le tournis : 208 018 unités immatriculées et un taux de croissance de 35 % par rapport à 2024 ! Le cap historique de 2018, à savoir 177 359 ventes, a été dépassé dès fin octobre et apparaîtra encore plus « rikiki » dans les rétros à l’issue du dernier des douze tours de l’année, marqué par l’enclenchement du « DRS », par les traditionnelles promos de fin d’année.
Élu à l’unanimité, en juin dernier, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), Abdelouahab Ennaciri démarre de la meilleure des manières son mandat de trois ans avec cette performance hors norme du marché du neuf ! Il fait noter que si les professionnels tablaient sur une croissance en 2025, « personne ne pouvait anticiper un tel taux de progression ». Pour autant, cette envolée ne doit rien au hasard, ajoute-t-il.
Selon lui, cette performance s’explique en partie par un phénomène de rattrapage. « Le marché marocain a quasiment stagné de 2021 à 2024, alors qu’ailleurs dans le monde, les marchés ont significativement repris », souligne-t-il. Une période durant laquelle la demande s’est accumulée, sans jamais disparaître.
À cela s’ajoute un facteur structurel : le faible taux de motorisation du Royaume. Ennaciri indique qu’il s’établit à 110 voitures pour
1 000 habitants, « quand ce taux atteint 400 en Europe et près de 200 dans des pays comme la Turquie. » Autrement dit, « le besoin en équipement automobile au Maroc est réel, latent, et le marché progresse dès que les conditions sont favorables ».
Les planètes étaient alignées
Le président de l’AIVAM identifie deux autres moteurs ayant joué un rôle déterminant en 2025. Le premier est celui du tourisme, en forte expansion depuis deux ans. Il explique que les pros de la location et du transport touristique ont massivement renouvelé leurs flottes, portés par des progressions à deux chiffres de l’activité. Ce segment représente aujourd’hui une part significative des ventes de véhicules neufs. Le second moteur réside dans les grands projets et chantiers lancés à travers le Royaume, qui génèrent un besoin accru en mobilité, aussi bien en véhicules utilitaires qu’en voitures particulières.
Un autre élément rassure les professionnels : la régularité de la croissance tout au long de l’exercice. La progression des ventes s’est installée dans la durée, mois après mois, sans emballement ponctuel. Pour Ennaciri, cette stabilité conforte l’idée d’un cycle solide, soutenu par la poursuite des investissements et la bonne santé du tourisme, deux piliers appelés à continuer de porter le marché à moyen terme.
L’histoire récente nous a cependant appris que les lendemains de fête peuvent être douloureux. En 2019, le marché s’était contracté de 6,15 % par rapport à l’année record qu’était 2018. Se réveillera-t-on avec une « gueule de bois » persistante en 2026 ?
Autre figure-clé de l’automobile au Maroc, Allal Benjelloun, directeur général de la Centrale Automobile Chérifienne (CAC), esquisse des lignes un peu plus prudentes pour 2026. « Un certain nombre de signaux indiquent que l’année pourrait être moins forte, même si l’économie reste soutenue », affirme-t-il.
Pour autant, le dirigeant du numéro deux de la distribution automobile au Maroc se garde de tout discours alarmiste. « On table sur une croissance entre 5 et 7 % l’année prochaine. »
Entre défis et prudence
Pour lui, le record de 2025 est inattendu. Il l’attribue, à son tour, à « un rattrapage des loueurs, concentré sur les mois de mai, juin et juillet ». Benjelloun précise, cela dit, que le rythme s’est infléchi depuis : « En octobre et novembre, on observe moins ce phénomène, malgré les vacances de fin d’année. Et, à en croire les échos du marché, les réservations de voitures sont moins importantes. »
Par-delà cet ajustement conjoncturel, le directeur général de la CAC pointe une évolution plus structurelle, une lame de fond, l’arrivée massive des marques chinoises sur le marché marocain. Il livre une lecture fine de ce déferlement.
Cette offensive de nouveaux « players » chinois « crée du doute et rend le choix du consommateur plus difficile » analyse-t-il, rappelant, au passage, que « l’achat automobile est un acte à la fois rationnel et émotionnel », compte tenu du budget alloué.
Benjelloun estime que l’impact de cette nouvelle offre devrait se faire sentir sur le marché du véhicule d’occasion (VO) davantage que sur celui du neuf. « Le high-end du VO va basculer vers les voitures chinoises. Et le marché du VO, c’est plus de 600 000 voitures, là où le marché du VN s’établit à un peu plus de 200 000 véhicules. Ainsi, une bonne proportion de gens qui étaient sur du VO Premium vont se rediriger vers ces marques chinoises. »
Parce que 2025 a tout emporté sur son passage, affolant les compteurs et bousculant les repères, 2026 sera l’année de tous les défis. Pas vraiment le temps de savourer. Le marché va devoir tenir le rythme, transformer la percée en dynamique, le potentiel d’équipement du pays en performance pérenne. La course se poursuit, sans passage aux stands, sans répit. G
