La création de la Coupe du Trône, à l’initiative du ministère de la Jeunesse et des Sports sous l’égide de la Fédération Royale Marocaine de Golf, est une excellente idée. Mais elle n’a malheureusement pas été suivie par une profonde réflexion pour développer la discipline golfique au sein des clubs. Parfois on se demande si cette compétition n’a pas été créée uniquement en faveur des deux clubs protagonistes, en l’occurrence le Royal Golf de Dar Es Salam et le Royal Golf d’Anfa Mohammedia. Jugez vous-même, depuis la première édition en 2004, c’est l’axe Casa-Rabat qui rafle la mise dans cette compétition interclubs. Cette année comme l’année précédente, aucun club outsider n’est venu concurrencer sérieusement les deux antagonistes. En se baladant autour des greens du Royal Golf de Mohammedia, nous avons recueilli les opinions et les avis de certains dirigeants. Ces derniers n’ont pas caché leur lassitude d’assister à cette perpétuelle pièce théâtrale où seuls deux acteurs se disputent la vedette. Sachant pertinemment qu’aucun club royal ni privé ne peut se targuer de développer une véritable politique sportive, et que certains clubs ne disposent même pas de moyens financiers ou d’encadrement adéquat, leurs places en finale ne risquent pas d'être compromises. Car les équipes de certains clubs sont souvent composées de copains qui, dans un élan volontariste, se cotisent pour défendre l’étendard de leur club ou de leur ville. Et cela sans que les dirigeants de ces clubs ne mettent la main à la poche. Pas facile dans ces conditions de rivaliser.
L’idée qui jaillit de ces échanges autour des greens, c’est la constitution de ligues qui se baseraient sur les potentialités de chaque région. Cette réflexion s’impose au niveau de la FRMG, mais aussi au niveau de tous les clubs, surtout les privés qu’il faut amener volontairement à contribuer au développement du golf national. En créant une vraie vie de club, une émulation entre les membres, une détection auprès des jeunes de la région et la formation destinée aux golfeurs de haut niveau.
Depuis quelques années en France, de petits clubs comme Ormesson, Bussy-Guermantes ou le Paris Country Club ont réussi à bousculer la hiérarchie et à s'imposer dans leur championnat interclubs. Ce qui est possible en France est possible au Maroc. Dans notre pays, le golf n’est plus uniquement un sport loisir, il est aussi une discipline qui revêt un caractère national donc politique où le ministère de tutelle doit convaincre et soutenir les clubs qui jouent le jeu. Autrement dit, sans la constitution de ligues, la Coupe du Trône restera encore et pour longtemps l’apanage de l’axe Casa-Rabat. Même si je félicite le RGDES pour sa belle victoire, j'aimerais à l'avenir plus de suspens et pourquoi pas, des surprises…
Leïla Benjelloun
|